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Et si les vertiges, ce n’était pas que l’oreille interne ?
Le système de l’équilibre, par nature multisensoriel, peut être perturbé par de nombreux facteurs. Parmi les symptômes, les vertiges constituent une manifestation fréquente, toujours à prendre au sérieux. Afin d’établir un diagnostic précis, le docteur Pierre Lavagna, oto-rhino-laryngologiste (ORL), ne se limite pas à explorer la seule piste d’un trouble de l’oreille interne. MonacoSanté vous informe.
Sa définition et son mécanisme
Issu du latin vertere, qui signifie « tourner », le mot vertige désigne une illusion de mouvement ou de rotation. « Vous avez l’impression que les choses bougent, qu’elles tournent ou qu’elles flottent. On peut ressentir une sensation de déplacement dans le plan vertical ou horizontal, ou avoir l’impression que tout penche vers la droite ou la gauche », décrit le docteur Pierre Lavagna, oto-rhino-laryngologiste à Monaco . S’ils sont souvent attribués à l’oreille interne, le médecin indique que les vertiges peuvent en réalité relever d’un mécanisme plus complexe. « Le système de l’équilibre mobilise la vision, la sensibilité des pieds, l’oreille interne et un traitement des informations au niveau du cerveau. Il peut être perturbé par une multitude de facteurs. Notre mission est de faire la synthèse et de ne pas analyser le vertige uniquement par le prisme réducteur de l’oreille interne. » Ouvert depuis deux ans, son centre d’expertise médicale Otoneuro Monaco, dédié aux troubles de l’audition et de l’équilibre, prend en charge diverses pathologies : surdité, acouphènes, hyperacousie, mais aussi vertiges et troubles de l’équilibre. Dans ces derniers cas, l’oreille interne n’est en cause que dans environ un tiers des situations. Un autre tiers relève de troubles neurologiques - la migraine occupant pour une place importante - et le dernier tiers correspond à des troubles fonctionnels plus généraux, comme le mal de mer.
L’importance d’un diagnostic global
Lors de la consultation, il s’intéresse à la chronologie des symptômes, aux circonstances de survenue et au ressenti du patient. Sévérité, durée, caractère isolé ou répétitif constituent des indicateurs précieux. La prise de médicaments, les antécédents neurologiques, cardiaques ou vasculaires sont également analysés afin d’orienter le protocole de soins. « Lors de l’examen clinique, nous vérifions d’abord qu’il n’existe pas de problème au niveau de l’oreille. Mais nous examinons aussi le système neurologique et l’ensemble du système de l’équilibre grâce à différents tests. Enfin, il est indispensable d’évaluer l’audition. Lorsqu’un trouble de l’oreille interne entraîne un problème d’équilibre, il existe souvent une atteinte auditive associée, comme une baisse de l'audition ou des acouphènes », explique le médecin. Grâce à un plateau technique spécialisé, le centre Otoneuro propose des explorations pointues. La vidéonystagmographie permet par exemple de mesurer les mouvements des yeux, utilisés comme témoins du fonctionnement de l’oreille interne. La saccadométrie évalue elle la capacité du patient à déplacer rapidement ses yeux d’un point à un autre. La stabilométrie, enfin, analyse la manière dont le patient utilise les différentes informations sensorielles pour maintenir l’équilibre. « Il est également possible de réaliser des tests neuropsychologiques afin de déterminer si les vertiges s’inscrivent dans le cadre d’une pathologie neurologique plus large », ajoute-t-il. Ces examens complémentaires permettent de déterminer si le trouble est exclusivement lié à l’oreille interne ou s’il s’intègre dans une atteinte plus globale du système de l’équilibre, d’origine neurologique ou générale. « La prise en charge n’est pas nécessairement uniquement ORL. Si le problème dépasse ce cadre, nous travaillons en équipe avec des kinésithérapeutes, des neurologues ou des médecins internistes, notamment en cas de maladie auto-immune. » Cette approche globale est indispensable pour comprendre l'origine d’un vertige. « Il peut révéler un trouble de la vision, une altération de la sensibilité des pieds, une maladie neurologique affectant le cerveau, ou encore un trouble psychologique susceptible de perturber la perception de l’équilibre. »
Dans quel cas la rééducation vestibulaire est-elle conseillée ?
Dans de nombreux cas de vertiges d’origine vestibulaire, les cristaux sont en cause. Il s’agit en réalité des otholites, de petits débris présents dans l’oreille interne. Lorsqu’ils se déplacent anormalement dans l’un des canaux semi-circulaires, ils provoquent des vertiges brefs, de quelques secondes, déclenchés par les mouvements de la tête. Autre cause possible : la maladie de Ménière. Elle se caractérise par des variations de pression des liquides de l’oreille interne, favorisées notamment par le stress, la fatigue ou le manque de sommeil. « Celle-ci associe de grandes crises vertigineuses, à une baisse brutale de l'audition pendant la crise et des acouphènes. » Quelle que soit l'origine des vertiges, la prise en charge repose principalement sur la rééducation vestibulaire. L’objectif est de déplacer les cristaux dans les vertiges positionnels paroxystiques bénins (VPPB), ou d’exposer progressivement le patient aux situations qui déclenchent son inconfort, afin qu’il s’y habitue et que les symptômes diminuent. Pour les VPPB, certains centres, comme Otoneuro Monaco, disposent d’équipements spécialisés, tels que des sièges rotatoires dédiés, optimisant la précision et l’efficacité de ces traitements. « Globalement, une à deux séances suffisent. » Pour les autres types de rééducation, la réalité virtuelle peut aujourd’hui faciliter cette exposition, en recréant, de manière contrôlée, les situations problématiques. « En général, on prévoit entre cinq et dix séances, avec des résultats souvent probants dans cet intervalle, tout en adaptant bien sûr le nombre de séances à l’évolution de chaque patient », précise le docteur Lavagna. En cas de troubles liés à une pression excessive dans l’oreille interne, la prise en charge repose le plus souvent sur un traitement médicamenteux visant à réguler et faire baisser cette pression. Enfin, même lorsqu’une pathologie semble bénigne, la répétition des symptômes impose une exploration approfondie. Un bilan complet permet de s’assurer qu’aucune maladie sous-jacente ne se dissimule derrière ces manifestations et d’adapter la prise en charge de manière appropriée.