Thèmes de santé
Retrouver son équilibre pendant la périménopause et la ménopause
Étapes naturelles importantes dans la vie des femmes, la périménopause et la ménopause s’accompagnent de transformations hormonales, physiques et émotionnelles, parfois difficiles à vivre. Pour la gynécologue Claire Liberatore-Dupas, un accompagnement médical adapté et des solutions ciblées permettent de mieux gérer les symptômes et de préserver un bien-être durable. MonacoSanté vous informe.
Comprendre pour mieux vivre la transition
C’est un sujet dont les femmes parlent de plus en plus librement. Pourtant, pendant des années, la périménopause et la ménopause sont demeurées taboues. « Encore aujourd’hui, certaines patientes ne se sentent pas à l’aise d’en parler avec leur conjoint ou partenaire », explique le docteur Claire Liberatore-Dupas, gynécologue libérale à Monaco . D’un point de vue médical, la ménopause correspond à l’arrêt complet des règles pendant au moins un an, marquant la fin de la capacité de reproduction. Elle survient en moyenne autour de 51 ans. La périménopause, période de transition qui la précède, peut engendrer divers symptômes. Chez certaines femmes, elle débute 7 à 8 ans avant l’âge moyen de la ménopause. Dans son cabinet médical de Fontvieille, le docteur Liberatore-Dupas reçoit des femmes qui prennent conscience de changements dans leur corps sans toujours les relier à ces transitions hormonales. À la professionnelle de santé de proposer une prise en charge personnalisée. « Parfois, les premiers signes de la périménopause apparaissent dès 43 ans. Avec tact, je leur évoque qu’elles rentrent sûrement dans cette période de leur vie et que les traitements hormonaux ou non permettent une prise en charge adaptée et évolutive. »
Périménopause : reconnaître ce qui se passe dans notre corps
Cette première étape constitue un véritable bouleversement dans la vie et le quotidien des femmes. Certaines disent même ne plus se reconnaître et perdre confiance en elles. « Si elles n’osent pas en parler, si elles ne sont pas prises en charge et qu’il n’y a pas d’écoute, cela peut devenir une période très difficile, avec une variabilité énorme d’une femme à l’autre », estime le docteur Liberatore-Dupas. Quels sont les premiers signes de la périménopause que les femmes n’associent pas toujours aux hormones ? Le symptôme le plus fréquent est le raccourcissement des cycles, souvent accompagné d’une accentuation du syndrome prémenstruel. « On passe de cycles de 28 jours à 25 ou 26 jours. Mes patientes me rapportent qu’après l’ovulation, pendant une dizaine de jours, elles se sentent très mal : fatigue, irritabilité majeure, hypersensibilité, troubles du sommeil, douleurs dans les seins, bouffées de chaleur et sueurs nocturnes par exemple. » La gynécologue rappelle également que, malgré une forte baisse de la fertilité durant la périménopause, le risque de tomber enceinte persiste. « C'est rare, mais dans ma patientèle, j’observe environ une grossesse par an chez des femmes âgées de 47 à 50 ans. »
L’impact sur le quotidien
D’autres symptômes, notamment émotionnels ou cognitifs, peuvent faire leur apparition. « À l’approche de la ménopause, on observe de nombreux troubles de la mémoire immédiate. Les Américaines parlent de ”mental fog”, ce brouillard mental. » Dans ce contexte, un traitement hormonal peut déjà être mis en place, associant de la progestérone naturelle par voie orale et des œstrogènes sous forme de gel percutané. « Même si elles ont deux, trois ou quatre cycles par an, on peut démarrer ce traitement car c'est ce dont elles ont besoin. » Pour d’autres femmes, les règles deviennent abondantes et imprévisibles. « Chez celles qui ont des cycles très courts et des saignements à répétition, nous pouvons les limiter avec une pilule progestative ou la pose d’un stérilet hormonal, afin de leur apporter un meilleur confort. » La périménopause et la ménopause peuvent entraîner une prise de poids, estimée en moyenne à une dizaine de kilos, avec un impact inévitable sur l’image de soi et la vie personnelle. « Il faut déculpabiliser les femmes, car c’est un phénomène naturel. Quand elles me disent qu’elles font tout ce qu’il faut et qu’elles ont quand même pris du poids, je leur réponds que si elles n’avaient rien fait, elles en auraient probablement pris davantage. » Pour en limiter l’impact, le médecin recommande une alimentation équilibrée, riche en calcium, oligo-éléments, oméga-3 et vitamines, ainsi qu’une activité physique régulière. « La sédentarité et la nourriture industrielle sont deux ennemis majeurs aux abords de la ménopause. » Enfin, une supplémentation non hormonale, via des compléments alimentaires, peut également être envisagée.
La ménopause, un nouveau statut hormonal
Combien de temps dure la ménopause ? « Elle débute à l’arrêt des règles et dure jusqu’à la fin de la vie. Il s’agit d’un état hormonal définitif. C’est angoissant, mais essentiel à savoir. Il faut aussi rappeler qu’en 2026, nous disposons de nombreux moyens pour accompagner les femmes, tant lors de la transition que durant cette nouvelle période de vie. Et généralement, après quelques années de ménopause, la plupart d’entre elles retrouvent une stabilité hormonale. » Si 15 à 20 % des femmes présentent peu ou pas de symptômes, la ménopause peut se révéler très éprouvante pour beaucoup d’autres : bouffées de chaleur, prise de poids, irritabilité, brouillard mental, sécheresse des muqueuses, perte d’élasticité et d’hydratation de la peau. « Chaque femme réagit différemment. Lorsqu’on est bien accompagnée, cela se passe beaucoup mieux », rassure la spécialiste. Le traitement de référence consiste à compenser la carence hormonale en apportant ce que les ovaires ne produisent plus : de la progestérone et des œstrogènes. « La progestérone naturelle est administrée par voie orale, tandis que les œstrogènes sont prescrits sous forme percutanée, via un gel ou un patch. Cela permet d’apporter des hormones sans recourir à des hormones de synthèse par voie orale, plus à risque sur le plan cardiovasculaire et veineux. »
Changer de regard sur cette période de vie
Ne pas invisibiliser les symptômes et consulter pour retrouver un équilibre : tel est le message du docteur Liberatore-Dupas. « Durant ces périodes charnières, on ne peut pas rester sans agir. Beaucoup de choses peuvent être mises en place. Il faut consulter, et changer d’interlocuteur si l’écoute n’est pas satisfaisante. » Pour une prise en charge adaptée, un suivi régulier est recommandé : une à deux consultations par an chez le gynécologue, voire davantage selon les symptômes et les traitements proposés. Bien que la périménopause et la ménopause ne soient pas des maladies, elles peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé, avec parfois des symptômes invalidants. Parce qu’elles impactent l’ensemble de la vie sociale des femmes, notamment leur vie professionnelle et intime, leur prise en charge est primordiale. Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), en France, seules 6 % des femmes éligibles bénéficieraient d’un traitement hormonal. « Sans suivi, pour certaines femmes, ce sont dix années de vie mises entre parenthèses : épuisement physique et moral, nuits sans sommeil, symptômes aux conséquences parfois lourdes - maladies, dépression, isolement. Il faut consulter », insiste la gynécologue.