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Et si vous étiez hypertendu sans le savoir ?
Souvent silencieuse, l’hypertension artérielle peut avoir de lourdes conséquences si elle n’est pas dépistée et traitée. Chef du service de cardiologie du Centre Hospitalier Princesse Grace, le professeur Victor Aboyans aide à mieux comprendre ses mécanismes, à connaître les chiffres clés et à apprendre à bien prendre sa tension soi-même. MonacoSanté vous informe.
L’hypertension, une maladie souvent invisible
Les Américains l’appellent le silent killer, « le tueur silencieux ». Un terme inquiétant mais qui reflète une réalité sévère. « Dans la population, il y a un défaut de diagnostic : environ un tiers des personnes hypertendues s’ignorent », confirme le professeur Victor Aboyans, nouveau chef du service de cardiologie du Centre Hospitalier Princesse Grace. Également rédacteur en chef de l’European Journal of Preventive Cardiology, revue scientifique dédiée à la prévention cardiovasculaire, il consacre depuis de nombreuses années ses travaux au dépistage et à la prévention des risques liés à cette pathologie. « C’est un vrai problème de santé publique, alerte-t-il. L’hypertension apparaît le plus souvent avec l’âge, mais elle peut survenir plus tôt et évoluer rapidement. Surtout, elle peut provoquer des lésions importantes au niveau des organes. »
Notre tension artérielle varie en permanence, au rythme des battements du cœur. « Le premier chiffre correspond à la tension systolique : c’est le moment où le cœur se contracte et propulse le sang dans les artères, ce qui fait monter la pression. Le deuxième chiffre correspond à la tension diastolique : lorsque le cœur se relâche et se remplit, la pression redescend », déaille le professeur Aboyans. Cette dernière est mesurée en millimètres de mercure (mmHg). « Lors d’une consultation médicale, on considère qu’une tension ne doit pas dépasser 140 mmHg pour la systolique et 90 mmHg pour la diastolique », précise-t-il.
Comment savoir si vous êtes concerné ?
L’hypertension artérielle touche principalement les personnes âgées. Deux chiffres sont à retenir : après 60 ans, près de 60 % de la population est concernée. Avec le temps, les artères perdent progressivement leur élasticité, ce qui favorise l’augmentation de la pression artérielle. Mais certains profils plus jeunes peuvent également être concernés. « Le vieillissement artériel peut être accéléré par une mauvaise hygiène de vie : tabagisme, sédentarité, diabète ou excès de cholestérol », énumère le professeur Aboyans. Une consommation excessive de sel joue également un rôle important. Chez les sujets jeunes, la génétique peut aussi entrer en jeu, notamment en cas d’antécédents familiaux. Enfin, les femmes ayant souffert d’hypertension pendant leur grossesse présentent un risque accru d’en développer à nouveau plus tard.
Le seul moyen de savoir si l’on est concerné reste le dépistage. « L’immense majorité des patients hypertendus sont asymptomatiques. Ils ne présentent aucun signe clinique, et la découverte se fait souvent lors d’une simple prise de tension en consultation. » Les symptômes n’apparaissent généralement qu’à des niveaux très élevés, souvent au-delà de 200 mmHg. « À ce stade, peuvent survenir des maux de tête, des saignements de nez, des troubles visuels — comme des “mouches volantes” — ou encore des bourdonnements d’oreilles », précise-t-il.
Vivre hypertendu pendant des années sans le savoir n’a donc rien d’exceptionnel. Pourtant, à long terme, les conséquences peuvent être graves : atteintes cardiaques, insuffisance rénale ou lésions cérébrales. « L’un des effets méconnus de l’hypertension concerne les troubles de la mémoire, voire le développement d’une démence vasculaire. À l’inverse, on sait aujourd’hui qu’un bon contrôle de la tension permet de ralentir le vieillissement cérébral », souligne le cardiologue.
L’autosurveillance : devenir acteur de sa santé
Mesurer sa tension, c’est donc prendre soin de son avenir cardiovasculaire. Mais où, comment et à quelle fréquence ? « L’hypertension est une maladie tellement fréquente que tous les professionnels de santé ont un rôle à jouer : médecin généraliste, infirmier ou cardiologue », rappelle le professeur Victor Aboyans. La tension peut être prise en cabinet médical, mais aussi en pharmacie où un appareil peut être prêté et enfin à domicile grâce à un tensiomètre homologué. « Nous encourageons de plus en plus les patients à pratiquer l’automesure », souligne-t-il. Quelques règles simples doivent être respectées. « Il faut prendre sa tension artérielle avec un système pneumatique qui se gonfle et se dégonfle pour créer la pression. » Deux types d’appareils sont recommandés par la Société française d’hypertension artérielle à positionner sur le bras et sur l’avant-bras. Ces appareils doivent délivrer trois chiffres en haut et deux chiffres en bas.
À domicile, la tension ne devrait pas dépasser 135/85 mmHg en journée. Pour une mesure correcte : Il faut la prendre au moins trente minutes après le réveil, au calme, assis, bien adossé, le bras à hauteur du cœur. Trois mesures successives, à quelques minutes d’intervalle, le matin puis le soir avant le coucher. « Toutes les données doivent être notées avec précision dans un carnet ou une application dédiée. Si le tensiomètre affiche 147/82, le médecin retiendra une tension à 15/8. Il est donc essentiel de noter les chiffres exacts », insiste-t-il.
« Concernant les montres et bracelets connectés, ce sont des éléments de dépistage d'efficacité variable d'un objet à un autre, et les résultats doivent être en tout cas confirmés par les méthodes classiques. » Dans certains cas, un cardiologue peut proposer une mesure ambulatoire sur 24 heures, y compris pendant la nuit, afin d’obtenir un bilan plus précis.
Une fois le diagnostic posé, un suivi régulier s’impose : en général, une consultation chez le médecin traitant tous les trois mois et un contrôle annuel chez le cardiologue.
Professeur Victor Aboyans, chef du service de cardiologie du Centre Hospitalier Princesse Grace
Les traitements : que peut-on faire ?
« La maladie d'hypertension est une maladie chronique. Il est exceptionnel qu’elle disparaisse complètement », pointe le docteur. Pour autant, des valeurs élevées ponctuelles ne doivent pas provoquer d’inquiétude excessive. « Le stress ou le manque de sommeil peuvent faire monter temporairement la tension. Il faut parfois remesurer avant de conclure : nous ne sommes pas des robots », relativise-t-il. En revanche, lorsque la tension systolique se situe régulièrement entre 130 et 140 mmHg, la vigilance s’impose. « On entre alors dans une zone intermédiaire qui nécessite une attention particulière. La première étape consiste à mettre en place des mesures hygiéno-diététiques. Le premier traitement de l’hypertension, c’est de réduire sa consommation de sel. »
Mieux manger, pratiquer une activité physique régulière, arrêter de fumer et améliorer son sommeil peuvent parfois suffire à rétablir l’équilibre. Mais dans de nombreux cas, un traitement médicamenteux à base d’anti-hypertenseurs est nécessaire. « Nous associons souvent plusieurs molécules pour améliorer l’efficacité tout en limitant les effets secondaires », explique le professeur Aboyans. Ce traitement est généralement pris au long cours. Son message est simple : « Connaître ses chiffres de tension artérielle, c’est se protéger pour l’avenir. » Un brassard, quelques minutes de calme et trois mesures suffisent parfois à détecter ce que le corps ne dit pas encore. À l’heure des objets connectés et de la médecine préventive, savoir prendre sa tension correctement est devenu un véritable outil d’autonomie en santé.