Actualités sur la santé à Monaco
Retour

Filtrer par rubrique

Thyroïde déréglée : les grands effets d’une petite glande

Thèmes de santé

Thyroïde déréglée : les grands effets d’une petite glande

Située à la base du cou et pilotée par l’hypophyse, la thyroïde régule des fonctions essentielles : métabolisme, température corporelle, rythme cardiaque, digestion. Lorsqu’elle se dérègle, quels signes doivent alerter ? Comment poser le diagnostic et quels traitements permettent de rétablir l’équilibre ? MonacoSanté vous informe.

Les hormones à mieux connaître

TSH, T3, T4 : des termes que toute personne concernée par un dérèglement de la thyroïde a forcément entendus. Il s’agit des principales hormones impliquées dans son fonctionnement : TSH pour la thyréostimuline, une hormone sécrétée par l’hypophyse, une autre glande du cerveau, T3 pour la triiodothyronine et T4 pour la thyroxine. « Le rôle de la TSH va être de réguler cet organe, explique le docteur Annabelle Naman, endocrinologue au Centre Hospitalier Princesse Grace. Dans la grande majorité des cas, nous naissons avec une thyroïde. Au fil du temps, celle-ci peut se mettre à trop ou pas assez fonctionner. La fatigue est l’un des symptômes les plus fréquents en cas d’hypothyroïdie ou d’hyperthyroïdie. Ce dérèglement intervient à cause de la production d’anticorps liés à une maladie auto-immune qui va agir sur cet organe et l’inflammer. » En forme de papillon, cette glande mesure entre 5 et 20 centimètres cubes. « Quand elle fait plus de 20 centimètres cubes, on parle de goitre. » La dépense énergétique est directement influencée par ces différentes hormones. Une perte ou une prise de poids peut donc accompagner une hypo ou une hyperthyroïdie. « Cependant, il est important de préciser que ces variations restent généralement modérées. Les troubles thyroïdiens n’expliquent pas à eux seuls des variations de poids majeures », tient à souligner la spécialiste.

Les symptômes les plus fréquents

On parle d’hypothyroïdie lorsque la glande fonctionne au ralenti. « Dans ce cas, on observe fréquemment et de façon progressive une fatigue, une sensibilité au froid, une constipation ou une prise de poids. » À l’inverse, dans le cas d’une hyperthyroïdie, le corps s’accélère en raison d’un excès d'hormones. « Les symptômes fréquents arrivent de façon plus brutale : nervosité, palpitation, tremblement, diarrhée et perte de poids. » Il est toutefois possible de souffrir d’un trouble thyroïdien sans présenter de symptômes. « C’est assez fréquent, confirme le médecin. On parle alors de formes subcliniques ou frustes. Dans ces situations, les anomalies sont visibles sur la prise de sang, notamment au niveau de la TSH. En l’absence de symptômes importants, une simple surveillance peut parfois suffire. La décision dépend toutefois du contexte clinique. »

Le dosage sanguin de TSH comme examen de référence

A la question de savoir s’il existe des profils à risques, l’endocrinologue est formelle : oui, les femmes sont plus concernées que les hommes. « Le risque est également plus élevé en cas d’antécédents familiaux ou de maladies auto-immunes comme la thyroïdite de Hashimoto ou la maladie de Basedow. La prise de médicament tel que l’amiodarone, le lithium, ou un déséquilibre en iode peuvent aussi en perturber le fonctionnement », complète le docteur Naman. Pour évaluer un patient, l’examen biologique de référence reste un dosage sanguin de la TSH. « En fonction des résultats, on peut compléter avec la T4, parfois la T3, ainsi que les anticorps pour rechercher une origine auto-immune. Quelquefois, une échographie peut également être utile », détaille l’endocrinologue. L’interprétation repose principalement sur le taux de TSH dans le sang. « Elle fonctionne selon un système de régulation appelé rétrocontrôle. Un taux élevé oriente vers une hypothyroïdie. A l’inverse, un taux bas évoque une hyperthyroïdie. » Peux-t-on vivre avec un trouble thyroïdien non traité ? Quels sont les risques encourus ? « A long terme, les conséquences peuvent être sérieuses. En effet, des troubles du rythme cardiaque peuvent apparaître, aussi bien que des complications cardiovasculaires ou encore une fragilisation osseuse, notamment en cas d’hyperthyroïdie. »

Risques accrus pour les femmes enceintes et leur bébé

Un dérèglement thyroïdien doit être pris particulièrement au sérieux pendant la grossesse. « Pendant les premiers mois, le fœtus dépend des hormones thyroïdiennes de sa mère. Un trouble mal controlé peut augmenter les risques neurodéveloppementaux et de fausse couche, et impacter le développement cognitif. C’est pourquoi un dépistage et un suivi attentif sont recommandés chez les femmes à risque. » Chez les patientes déjà traitées pour une hypothyroïdie, les besoins en hormones thyroïdiennes augmentent dès qu’elles sont enceintes, ce qui impose d’adapter le traitement. « Leur taux de TSH sera contrôlé régulièrement. Il n’y a aucune contre-indication à le prendre durant la grossesse, rassure la spécialiste. Après la naissance, nous le diminuons et les patientes reviennent aux doses habituelles. »

Des traitements à base d’hormones de synthèse

Selon le trouble identifié, la prise en charge diffère. En cas d’hypothyroïdie, le traitement de référence repose sur la lévothyroxine, une hormone de synthèse équivalente à la T4. « Bien que très efficace, celui-ci ne reproduit pas complètement la régulation physiologique complexe de la thyroïde, avertit le docteur Naman. Ce qui pourrait expliquer la persistance de symptômes chez certains patients. Ces situations sont encore étudiées et nécessitent une prise en charge individualisée. » Dans l’hyperthyroïdie, on cherche à freiner la production hormonale grâce à des antithyroïdiens de synthèse (carbomazol thiamazole etc.). « Normalement, la plupart des patients se sentent mieux après avoir pris le traitement avec régularité. » Un suivi médical reste indispensable, avec un contrôle annuel du taux de TSH, voire plus fréquent si nécessaire. En première intention, en cas de symptômes évocateurs, une consultation chez le médecin généraliste est recommandée. Une prise de sang permettra de doser la TSH. Selon le résultat, le médecin généraliste adressera au spécialiste.

Retrouver son équilibre

L’orientation vers un endocrinologue se fait notamment en cas de découverte d’un nodule thyroïdien. « Ils sont extrêmement fréquents. On peut vivre avec toute sa vie sans que cela n’évolue. Dans 95% des cas, ceux-ci sont bénins. L’objectif est de dépister un cancer de la thyroïde. Nous n’opérons que lorsqu’ils entrainent une gêne ou un risque de cancer de la thyroïde ». Une cytoponction thyroïdienne peut alors être réalisée lorsqu’un nodule présente des caractéristiques suspectes. Petite par sa taille mais essentielle à l’équilibre de l’organisme, la thyroïde rappelle qu’un dérèglement parfois discret ne doit jamais être négligé. Fatigue persistante, variations inexpliquées du poids ou troubles du rythme : écouter les signaux du corps reste le premier pas vers un diagnostic précoce et souvent vers un retour durable à l’équilibre.