Acteurs de santé
Qu’est-ce que l’orthoptie ?
Dépistage, rééducation, réadaptation et optimisation des fonctions visuelles : l’orthoptie occupe une place de plus en plus importante dans la prise en charge de la santé oculaire. Accessible à tout âge, elle constitue une approche efficace pour renforcer les capacités neurovisuelles et contribuer à un meilleur confort visuel au quotidien. MonacoSanté vous informe.
Evaluer et traiter les anomalies de la vision fonctionnelle
À l’heure où nos yeux sont plus sollicités que jamais, l’orthoptie offre des solutions performantes pour préserver notre équilibre visuel. Depuis 29 ans qu’elle exerce cette profession paramédicale en Principauté, Faustine Lepoivre a vu ses compétences s’élargir. « Notre action s’étend du nourrisson à la personne âgée, uniquement sur prescription médicale. Tous les actes sont remboursés par les caisses sociales monégasques et françaises, à l’exception des sportifs de haut niveau car cela ne relève pas du soin mais de l’optimisation », détaille la professionnelle de santé.
Dans les faits, l’orthoptiste peut dépister, rééduquer, réadapter et même optimiser la vision fonctionnelle. La prise en charge orthoptique et/ou neurovisuelle permet de traiter différentes pathologies comme les strabismes, les troubles réfractifs (des défauts de vision nécessitant une correction optique, tels que la myopie, la presbytie ou l’hypermétropie), les paralysies oculomotrices responsables de vision double, les insuffisances de convergence ou les vertiges d’origine visuelle. Mais aussi les amblyopies — lorsque la vision d’un oeil se développe moins bien que l’autre — ainsi que les troubles neurovisuels, responsables de difficultés d’apprentissage en lecture, graphisme, mathématiques ou recopiage.
« Cette pratique, seule profession spécialisée dans l’oculomotricité, offre l’opportunité de dépister précocement des maladies neurodégénératives de type Parkinson ou sclérose en plaques, par exemple. Lors de l’enregistrement des mouvements des yeux par des outils de dernière génération, on peut découvrir des anomalies près de cinq ans avant l’apparition de premier signe fonctionnel », ajoute Faustine Lepoivre.
Quelles différences entre orthoptiste et ophtalmologue ? Le premier, spécialiste paramédical, doit évaluer, rééduquer et traiter les anomalies de la vision fonctionnelle. « Cela passe par les muscles oculaires jusqu’au cerveau, centre de la perception. » Le second est un médecin chargé de détecter et soigner les anomalies organiques de l’oeil : cristallin, cornée, rétine ou tension oculaire. « Les deux spécialités sont complémentaires », insiste Faustine Lepoivre.
De l’examen au suivi, comment se déroule une séance d’orthoptie ?
Les patients qui consultent un orthoptiste suivent tous le même schéma de prise en charge. « Dans un premier temps, on réalise un bilan pour établir une anamnèse détaillée : nous faisons le point sur les signes fonctionnels du patient, puis on écoute son histoire, et on vérifie ses éventuelles corrections optiques afin de voir si elles sont adaptées à ses exigences visuelles quotidiennes », explique l’orthoptiste.
Le professionnel de santé observe ensuite la vision binoculaire : en somme, si les deux yeux travaillent bien ensemble. Une donnée primordiale permettant d’évaluer l’endurance visuelle et la vision nette à chaque distance de fixation. Il doit également explorer les aptitudes visuomotrices neurovisuelles.
« Dans la vie de tous les jours, ce que nous fixons doit avoir plus d’importance que notre vision périphérique en mouvement, même si nous en avons aussi besoin pour nous déplacer et nous orienter sans chute ni obstacle. Si ce n’est pas le cas, le patient sera déstabilisé au quotidien avec une sensation vertigineuse », détaille Faustine Lepoivre. Une fois ce bilan établi, une rééducation orthoptique ou neurovisuelle peut être proposée. La première nécessitera 12 à 20 séances de 20 minutes chacune ; alors que la seconde s’inscrit sur la durée, par tranches de 20 séances de 40 à 45 minutes chacune.
Ces bilans sont déterminants car ils permettent d’exclure certains patients qui pourraient subir des effets indésirables. « Par exemple, quand les axes visuels des deux yeux ne se correspondent pas — ce qu'on appelle les correspondances rétiniennes anormales — il ne faut surtout pas faire de rééducation. Sinon, on risque une vision double. On ne peut pas non plus intervenir en cas de paralysies neurologiques traumatiques. »
Réalité virtuelle et Eyetracking : des technologies de pointe au service de l’orthoptie
Après une grossesse, une anesthésie générale, un coup du lapin, ou encore à cause de manipulations d’ostéopathes, de la prise d’anxiolytiques et/ou de somnifères, certains patients ayant déjà bénéficié d’une rééducation orthoptique peuvent décompenser. De nouvelles séances sont alors envisageables. « Je leur apprends des petits exercices car un réflexe fusionnel a déjà été travaillé. En revanche, il ne faut pas les pratiquer systématiquement au quotidien, sous peine de créer des spasmes », précise la spécialiste. Chez le jeune enfant, seul le traitement de l’amblyopie et du strabisme par de la rééducation est possible.
Passionnée par son métier, Faustine Lepoivre souligne l’intérêt croissant des technologies de pointe dans le dépistage et la rééducation, offrant plus de fiabilité et de confort aux patients. « En pédiatrie, nous disposons d’outils de dépistage visuel et strabique beaucoup plus modernes et rapides. » Elle utilise notamment l’eye-tracking — ou oculométrie — un dispositif capable de suivre les mouvements oculaires grâce à des micro-caméras analysant les déplacements de la pupille. « En évaluation oculomotrice et visuo-neurologique, l’eyetracking a révolutionné notre pratique : le profil oculométrique peut révéler des difficultés attentionnelles chez les enfants, des difficultés visuospatiales, ou orienter précocement vers des troubles spécifiques du langage écrit. » En médecine scolaire, les enseignants comme les orthophonistes adressent des enfants présentant des difficultés d’apprentissage. « Nous réalisons des bilans de deux heures. Cela nous permet de tout quantifier et de cibler précisément ce qui ne va pas. »
L’orthoptiste utilise aussi des logiciels de rééducation en réalité immersive. « Cela permet de travailler dans un environnement plus écologique, parfois debout, en mouvement et filmé par une caméra. » La réalité virtuelle est également utilisée pour accompagner les personnes âgées.
Pour les sportifs de haut niveau, gagner en performance
« L’orthoptiste est amené à travailler avec beaucoup plus de praticien qu’auparavant », constate Faustine Lepoivre. Les pédiatres orientent leurs jeunes patients pour les dépistages visuels et strabiques du bébé et de l’enfant. Les médecins généraliste le proposent à ceux souffrant de maux de tête et de symptômes visuels. Les ORL en font de même quand il est question de vertiges et de sensations de tangage. Les podologues et kinésithérapeutes pour les troubles posturaux. Enfin, les neurologues peuvent proposer cette option en cas d’accident vasculaire cérébral (AVC), de maladie de Parkinson, de maladie d’Alzheimer, de traumatisme crânien et de commotion cérébrale.
Depuis peu, Faustine Lepoivre met également ses compétences au service des sportifs de haut niveau pour optimiser leurs performances visuelles. « L’orthoptiste, avec son expertise, ses connaissances en neurosciences et son équipement de dernière génération, peut réaliser des bilans des aptitudes visuelles et neurovisuelles du sportif, puis proposer un travail d’optimisation pour gagner en performance. » À Monaco, cette pratique séduit déjà pilotes automobiles, footballeurs et tennismen.
En Principauté, trois orthoptistes libéraux exercent actuellement. Tous ont été formés dans une école d’orthoptie en faculté de médecine : trois années d’études, des stages hospitaliers et un mémoire de fin de cursus.