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Moustiques : la Principauté anticipe les risques sanitaires

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Moustiques : la Principauté anticipe les risques sanitaires

Bien plus qu'une simple source d'inconfort, le moustique est un vecteur de virus et de parasites. Afin d’assurer un environnement sain, la Principauté déploie chaque année un réseau de surveillance actif sur l'ensemble de son territoire. MonacoSanté vous informe.

Identifier la menace pour mieux prévenir

Originaire d’Asie du Sud-Est et repéré pour la première fois en 2004 à Menton, le moustique tigre (Aedes albopictus) a depuis colonisé de nombreux territoires. « Initialement limitée aux zones tropicales, sa présence est malheureusement devenue commune de Marseille jusqu'à la Ligurie. Et Monaco ne fait pas exception », observe le docteur Thomas Althaus, Médecin Inspecteur de Santé Publique à la Direction de l’Action Sanitaire. Le problème ? Les pics de chaleur qui favorisent le développement des larves, prolongeant la présence de l'insecte sur une grande partie de l'année. « Les cycles larvaires sont démultipliés et raccourcis, entraînant une augmentation exponentielle de la population de moustiques », confirme le médecin. Auparavant considérés comme une simple nuisance (bruit et démangeaisons), ces moustiques sont désormais capables de transmettre de graves maladies. C’est pourquoi depuis 2024, un programme gouvernemental, piloté par le Département des Affaires Sociales et de la Santé et la Direction de l’Action Sanitaire, mobilise la Direction de l’Aménagement Urbain, la Société des Bains de Mer, la Mairie et le Centre Scientifique de Monaco (CSM). Objectif : anticiper les risques épidémiques. « Nous disposons de pièges avec attractants chimiques pour moustiques adultes répartis sur l’ensemble du territoire. Ils sont analysés par le CSM pour détecter la présence éventuelle d'arbovirus comme la dengue, le chikungunya, le Zika ou le West Nile, explique le docteur Althaus. Pour compléter ce dispositif, nous déployons aussi des pièges à moustiques à CO2 afin d'en capturer le plus possible. » Enfin, pour intensifier la lutte, du larvicide est diffusé dans tous les points d'eau stagnante de la Principauté. « De mai à novembre, il y a chaque jour des passages sur toutes les zones à risque de gîtes larvaires », précise Thomas Althaus.

80% des gîtes larvaires se trouvent chez les particuliers

Si aucun virus n’a encore été identifié à Monaco, la vigilance reste de rigueur. « Nous avons capturé des milliers de moustiques depuis 2024 et aucun n’a été trouvé positif. Cela confirme l'absence de circulation de virus de manière autonome ou communautaire en Principauté. J’ajoute qu’aucune charge virale d'arbovirus n'a été détectée dans les eaux usées monégasques », certifie le docteur Althaus. Pour autant, un foyer de chikungunya a touché l’été dernier une centaine de personnes à Antibes. Un épisode inédit qu'il convient de prendre très au sérieux. « Les experts craignent que ce type d'événement ne soit plus une exception. Il faut changer de paradigme », prévient le médecin. En l'absence de traitement curatif et de vaccins généralisés, la prévention reste selon lui la meilleure arme. Et la lutte se joue avant tout à domicile : 80 % des gîtes larvaires se situent en effet chez les particuliers. Le docteur Althaus insiste sur l'indispensable évolution des comportements citoyens : « Au-delà du piégeage, nous réalisons des audits gratuits incluant l'inventaire des lieux de ponte et de repos des moustiques afin de formuler des recommandations ciblées. » 
Les solutions préconisées vont de l'élimination de l'eau stagnante (vider les coupelles, bâcher les piscines, curer les gouttières) au piégeage actif via des dispositifs diffusant du CO2 pour mimer la respiration humaine et attirer les femelles. Les syndics d’immeubles sont désormais sensibilisés pour adapter ces stratégies de lutte à la configuration de chaque résidence, en toute sécurité. En parallèle, les gestes barrières essentiels sont rappelés : utilisation de répulsifs cutanés, port de vêtements amples, pose de moustiquaires aux fenêtres ou encore usage d'un ventilateur dans les chambres.

Anticiper le risque épidémique au retour de voyage

« Le moustique n’est pas le réservoir du virus, mais son vecteur », insiste le docteur Olivia Keïta-Perse, chef du service Voyageurs - Infectiologie au sein du Centre Hospitalier Princesse Grace (CHPG). La propagation des arbovirus s'opère selon deux mécanismes distincts. D’une part via la transmission verticale, qui demeure très rare : une femelle contaminée transmet directement le virus à ses larves, qui naissent ainsi porteuses du virus. D’autre part, une transmission horizontale, mode de contamination principal, qui repose sur un cycle d'échange de sang. « Lors de son repas sanguin, le moustique puise le virus chez une personne infectée en phase de circulation virale. Une fois infecté, l'insecte transmet le virus à une personne saine lors de ses piqûres ultérieures », explique la spécialiste. C’est pourquoi une personne malade doit impérativement éviter de se faire piquer, afin de rompre la chaîne de transmission et ne pas contaminer la population locale de moustiques.
« C'est un enjeu de santé publique parce que le vecteur est présent et actif. Il ne demande qu'à transmettre », souligne le docteur Keïta-Perse. A Monaco, la médecine de ville et les urgences du CHPG ont mis en place des procédures communes d'identification. Le scénario redouté est l'introduction du virus par un ”patient index”, nom donné à un voyageur de retour de zone tropicale. « Car si ce patient est piqué par un moustique local alors que le virus circule dans son sang, l'insecte devient vecteur et peut transmettre la maladie à des personnes n'ayant jamais voyagé, créant ainsi des cas groupés. » Pour cette raison, si un patient est hospitalisé pour une arbovirose, des mesures d'isolement sont appliquées pour empêcher les moustiques de le piquer.

Dr Thomas Althaus / Dr Keïta-Perse 

 

Une consultation spécifique dédiée à la santé du voyageur

À Monaco, les deux médecins interrogés rassurent : le risque de mortalité lié à une piqûre de moustique demeure excessivement faible. Toutefois, la vigilance est de mise face à certaines pathologies pouvant engendrer des symptômes graves, notamment le chikungunya. « L'infection se manifeste par de vives douleurs articulaires. Dans certains cas, la maladie peut devenir chronique et évoluer vers des formes de rhumatismes sévères, comme la polyarthrite rhumatoïde », indique le docteur Olivia Keïta-Perse. Les formes les plus graves concernent le paludisme (qui n’est pas transmis par le même moustique et ne peut donc pas être autochtone pour l’instant), une urgence thérapeutique absolue, et la dengue hémorragique.
Prévention et conseils aux voyageurs font donc partie intégrante des missions de l'infectiologue. Le CHPG propose ainsi une « Consultation Voyageur » deux fois par semaine et dispose d’un agrément de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour la vaccination contre la fièvre jaune. « Au retour d'une zone tropicale, l'apparition du moindre symptôme comme une fièvre, des maux de tête ou des signes infectieux inhabituels doit impérativement conduire à une consultation médicale, en précisant le séjour à l’étranger », préconise la spécialiste. Elle rappelle inlassablement les règles de protection : utilisation systématique de moustiquaires imprégnées, application de répulsifs adaptés et port de vêtements couvrants aux tons neutres, les couleurs vives attirant visuellement les insectes.
Entre surveillance scientifique rigoureuse et vigilance citoyenne, le dispositif monégasque est aujourd'hui l'un des plus denses de la région. En anticipant les risques dès aujourd'hui, Monaco ne se contente pas de gérer une nuisance, elle cherche à protéger durablement son avenir sanitaire. Son efficacité globale dépend de chacun : vider une simple coupelle d'eau stagnante sur son balcon est parfois aussi crucial que la pose d'un piège à CO2.