Prévention - Dépistage
Transmission et vaccination : tout savoir sur le papillomavirus
Le papillomavirus humain, aussi appelé HPV, est un virus très courant qui se transmet principalement lors des rapports sexuels. La plupart du temps, il ne provoque aucun symptôme, mais certains types peuvent entraîner des cancers graves. La vaccination, recommandée entre 11 et 14 ans, et possible jusqu’à 26 ans, permet de prévenir les infections et de réduire fortement les risques de complications à long terme. MonacoSanté vous informe.
Un virus silencieux et dangereux
Environ 90 % des personnes sont exposées au HPV au cours de leur vie. « Ce virus a donc la caractéristique de se propager au sein de la plupart de la population. Sa transmission est bien connue : elle se fait principalement par les rapports sexuels mais pas uniquement. Des traces de papillomavirus ont également été retrouvées au niveau des muqueuses digitales, les doigts et sous les ongles », expose le docteur Thomas Althaus, médecin inspecteur de santé publique au sein de la Direction de l’Action Sanitaire. Depuis plusieurs années, ce virus alerte la communauté médicale en raison de ses conséquences sur le long terme. « Au cours de sa vie, beaucoup d’entre nous y seront forcément exposés. Ce ne serait pas un problème si le papillomavirus était un virus bénin. Malheureusement, certains types — notamment les HPV 16 et 18, et d’autres types à haut risque de cancer, — peuvent modifier nos cellules et provoquer des cancers », précise-t-il. Extrêmement discret, le papillomavirus peut évoluer pendant des années sans provoquer de symptômes, avant d’aboutir à la formation de tumeurs malignes. Chez les femmes, il est principalement responsable du cancer du col de l’utérus. Chez les hommes, il peut toucher la sphère ORL, notamment de la gorge. Mais aussi le rectum et de l’anus. « Ce n’est pas tant l’infection elle-même qui inquiète que son potentiel tumoral, chez les hommes comme chez les femmes. Aucun genre n’est épargné », souligne le professionnel de santé. « Il s’agit d’une véritable épidémie silencieuse, qui agit comme une bombe à retardement et se manifeste souvent à l’âge adulte. Lorsqu’un cancer se développe, il est déjà trop tard pour prévenir la maladie. Chez les femmes, seuls les frottis gynécologiques et les colposcopies permettent de dépister certaines lésions précancéreuses. Avant cela, aucun symptôme n’alerte », ajoute le docteur Althaus.
Pourquoi se faire vacciner ?
L’apparition des premiers vaccins contre le papillomavirus, il y a une vingtaine d’années, a permis de démontrer leur efficacité, en particulier chez les jeunes. Un vaccin que le médecin qualifie de « révolutionnaire et anticancer ». « Il n’empêche pas l’exposition au virus, mais il réduit très fortement le risque de développer des lésions précancéreuses et des cancers associés. Il ne s’agit pas d’un bouclier magique : le virus peut entrer en contact avec l’organisme, mais il ne pourra plus se développer ni provoquer de lésions », explique-t-il. A Monaco, la vaccination est recommandée entre 11 et 14 ans, avant le début de la vie sexuelle. Deux doses sont alors administrées à six mois d’intervalle. Elle reste possible jusqu’à l’âge de 26 ans, mais nécessite alors trois doses. Le vaccin présente également un excellent profil de sécurité. « Il combine une très forte efficacité contre les cancers avec des effets secondaires minimes. Il repose sur des technologies éprouvées depuis plus de 50 ans, et non sur l’ARN messager. » En novembre 2024, une vaste analyse de la revue scientifique Cochrane, portant sur 225 études et environ 132 millions de participants — dont une majorité de jeunes de 11 à 14 ans — a confirmé l’efficacité du vaccin. À ce titre, l’Australie a mis en place un programme de vaccination dès 2007 avec une couverture très élevée, et prévoit l’élimination du cancer du col de l’utérus en 2035. Il en va de même pour l’Écosse, la Finlande ou encore le Portugal, qui a atteint la barre des 90% de couverture vaccinale.
Les fausses informations liées au vaccin
L’un des principaux défis pour les professionnels de santé reste la lutte contre la désinformation, notamment sur les réseaux sociaux. « Certaines rumeurs affirment que le vaccin rendrait infertile, qu’il provoquerait des maladies auto-immunes, des pathologies chroniques, voire des décès. D’autres prétendent qu’il serait inutile de vacciner les enfants car il s’agit d’une infection sexuellement transmissible », recense le docteur Althaus. De manière pédagogique, il rappelle le fonctionnement de cette injection : « Le corps est exposé à un mimétisme viral, qui imite une infection et déclenche la production d’anticorps ciblant les types de HPV responsables de cancers. Concrètement, la vaccination empêche le virus d’exercer ses effets. Lorsqu’une personne vaccinée est exposée au HPV, son organisme l’élimine rapidement. »
Expliquer et convaincre les parents
Deux fois par an, en avril puis en novembre, les équipes de la Direction de l’Action Sanitaire interviennent dans tous les collèges de la Principauté pour sensibiliser et vacciner les élèves de 5e. Des réunions d’information sont systématiquement organisées en amont pour les parents dont le consentement est nécessaire. « Ce sont donc eux qu’il faut informer et rassurer », souligne le médecin. Les équipes mettent l’accent sur l’efficacité, la sécurité et les bénéfices à long terme du vaccin. « Le faire entre 11 et 14 ans est idéal, car la majorité des jeunes n’ont pas encore été exposés au virus. Une personne vaccinée à cet âge — fille ou garçon — ne développera pas de cancer lié au HPV et ne transmettra pas le virus », explique-t-il. En Principauté, la vaccination est facilement accessible en pharmacie, chez un médecin généraliste ou un gynécologue. Elle est entièrement prise en charge par les Caisses sociales.