Familles
Refus scolaire anxieux : ces signaux qui doivent alerter les parents
Derrière ce que l’on appelait autrefois la phobie scolaire se cache une réalité plus complexe : le refus scolaire anxieux. Un trouble en forte hausse chez les adolescents, souvent révélateur d’une souffrance profonde. Comment le repérer ? Et surtout, comment aider son enfant ? Éléments de réponse avec la pédopsychiatre Marcelline Renaud-Yang et la neuropsychologue Daniela Lima Dias. MonacoSanté vous informe.
Une détresse, pas un caprice
C’est une peur intense et incontrôlable qui empêche d’aller à l’école. En France, près de 5 % des adolescents seraient concernés, un chiffre en nette augmentation depuis la crise sanitaire. Contrairement aux idées reçues, ces jeunes ne refusent pas l’école par opposition. Ils veulent y aller mais n’y arrivent pas. « L’adolescent est submergé par une détresse émotionnelle qui se manifeste sous forme d'une peur excessive et de symptômes somatiques importants », décrit la pédopsychiatre Marcelline Renaud-Yang, qui exerce au centre Plati. Si le terme de phobie scolaire est apparu en 1941, avec la généralisation de l’école obligatoire, il a progressivement été abandonné par la sphère médicale dans les années 1960 au profit de celui de refus scolaire anxieux (RSA), jugé plus englobant. Sur le plan physique, les jeunes évoquent des palpitations, des sueurs froides, des maux de tête, une boule au ventre ou encore des troubles du sommeil. Cet état entraine un absentéisme de plus en plus marqué, « pas du tout dissimulé aux parents ». Sur le plan psychique, les deux expertes sont formelles : le RSA est une manifestation, voire une conséquence, d'un ou ou plusieurs troubles anxieux sous-jacents. « Du jour au lendemain, l’enfant passe d’une situation de réussite académique à une incapacité totale à aller en classe. Les parents cherchent alors une cause unique », résume la spécialiste. Or, la réalité est bien plus complexe. Il ne faut pas non plus confondre RSA et décrochage. « Dans le premier cas, il s’agit d’une détresse émotionnelle intense avec des manifestations anxieuses et des signes fonctionnels en lien avec la confrontation scolaire. À l’inverse, dans le décrochage scolaire, l’adolescent abandonne progressivement son cursus sans qu'il y ait nécessairement d’anxiété : la motivation disparaît, le sens s’efface et d’autres objectifs prennent le relais », explique la neuropsychologue Daniela Lima Dias.
Des âges clés à surveiller
Existe-t-il des profils plus vulnérables ? Certaines périodes de vie sont-elles plus propices ? « On observe clairement deux pics d'âge qui nécessitent une vigilance particulière. D’abord vers 11-12 ans, lors du passage du primaire au collège. Puis entre 14 et 16 ans, en quatrième, troisième, ou seconde. Ces périodes correspondent aux pics d’apparition des troubles anxieux en général », indique la pédopsychiatre. Ces moments charnières coïncident avec une prise de conscience accrue des enjeux sociaux et scolaires, tandis que la puberté accentue les vulnérabilités. « Les capacités d’adaptation sont alors mises à rude épreuve », ajoute Daniela Lima Dias. Le RSA résulte souvent d’une combinaison de facteurs environnementaux, familiaux et individuels : faible estime de soi, pression sociale (par le biais des réseaux sociaux notamment), exigences accrues à l’école (brevet, Parcoursup, baccalauréat), mais aussi contexte familial difficile (séparation, maladie, tensions, surprotection). Identifier ce qui se cache derrière les symptômes est essentiel, car les enjeux sont majeurs. « Environ 50 % de ces jeunes risquent de développer un syndrome dépressif. Et 30 % une pathologie psychiatrique, comme un trouble anxieux généralisé ou de la personnalité, une bipolarité… », alerte le docteur Renaud-Yang.
Un trépied thérapeutique entre la famille, le soin et l’école
Face à cette fragilité, l’objectif est de restaurer progressivement les capacités du jeune, à condition d’intervenir avant la rupture complète. « Lorsqu’ils arrivent en consultation, les parents ont déjà tout tenté : la menace, la séduction, la compréhension totale, ou, à l’inverse, le rejet. La plupart du temps, ils ont épuisé leurs ressources », constate la pédopsychiatre. Beaucoup ont essayé diverses approches comme la sophrologie, la méditation, ou l'acupuncture. Ce délai pourrait compliquer la situation : « À un stade avancé, il devient très difficile d’amener un adolescent replié sur lui-même en consultation. Même la mise en place des soins peut être entravée. » Pour rendre plus visible et accessible le parcours de soin, un protocole de dépistage et de prise en charge est en cours de déploiement, en collaboration avec la Direction de l'Éducation Nationale de la Jeunesse et des Sports (DENJS) et l’Inspection Médicale des Scolaires. « Il faut un véritable partenariat entre le secteur de soins, les écoles, la famille et le jeune. Sans cela, rien ne tient », insiste le docteur Renaud-Yang. Dès la prochaine rentrée, un premier repérage dans les collèges et lycées de la Principauté pourrait permettre, avec l’accord des parents, une orientation vers le pôle médico-psychologique (centre Plati). « Nous nous engageons à recevoir rapidement les jeunes pour un bilan approfondi, à l’aide de questionnaires et d’échelles d’évaluation. L’objectif est d’identifier les troubles anxieux sous-jacents, ceux des apprentissages masqués ou relationnels, ou encore d’éventuelles complications dépressives », précisent les spécialistes. Ce dispositif inclura également une cellule de veille pour les profils à risque.
La thérapie, clé du retour à l’école
« Nous devons chercher à éliminer ou assembler les troubles dissimulés. Et c’est ce travail-là qui permet, progressivement, de déconstruire le RSA », éclaire la neuropsychologue. La prise en charge doit être intégrative. Ce n’est qu’au prix de ses efforts que l’adolescent retournera en classe. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est aujourd’hui l’approche la plus efficace. « Elle comporte toute une réflexion sur les causes et les fausses croyances. Mais également tout un travail d’exposition progressive consistant à se rapprocher petit à petit de l'établissement, et créer des zones de réassurance pour franchir chaque étape », décrypte le docteur Renaud-Yang. Au-delà de la thérapie individuelle, le protocole prévoit aussi des thérapies de groupe et un travail d’accompagnement des parents. Enfin, il est parfois nécessaire d’instaurer un traitement médicamenteux. Ce parcours de soin passe aussi par des aménagements spécifiques. Derrière le RSA, il y a avant tout un adolescent en souffrance qui a besoin d’être compris, accompagné et soutenu. « Dans la vie, nous sommes confrontés à des tas d’événements difficiles. C'est un cap qu'il faut arriver à dépasser ensemble, pour que le jeune et sa famille ne soient plus isolés. Il faut qu'ils aillent voir un professionnel de santé et qu’ils n'hésitent pas à se rapprocher de l’école », conclut la pédopsychiatre.
Dr Renaud Yang et Dr Lima Dias