Thèmes de santé
Acouphènes : oui, il est possible d’agir !
Même s’ils ne se guérissent pas toujours, la prise en charge de ces sons audibles seulement dans l’oreille ou la tête de la personne affectée a beaucoup évolué. Un bilan spécialisé et des solutions adaptées à chaque situation peuvent contribuer à diminuer leur retentissement et à améliorer la qualité de vie. MonacoSanté vous informe.
Qu’est-ce que c’est ?
Sifflements, bourdonnements, cocotte-minute, cliquetis ou encore battements du cœur : les acouphènes sont des bruits qui surviennent brutalement ou progressivement. Ils peuvent être perçus dans une oreille, dans les deux, ou encore dans la tête, sans qu’ils proviennent d’une source extérieure et sans qu’il soit possible de les arrêter. Ils touchent les hommes comme les femmes, le plus souvent entre 50 et 55 ans. Leur fréquence augmente avec l’âge et avec la diminution de l’audition. Selon les données de Santé Publique France, ils concerneraient entre 10 et 19 % des adultes. Dans tous les cas, il s’agit de bruits parasites susceptibles de provoquer une gêne modérée à sévère. Leur intensité peut également varier selon les circonstances et le moment de la journée. « Mais la résignation ne doit pas être de mise », insiste le docteur Pierre Lavagna, chirurgien ORL et fondateur de la clinique Otoneuro à Monaco. « Trop souvent, les patients acouphéniques s’entendent dire que c’est dans leur tête et qu’il n’y a rien à faire alors que c’est totalement faux. Les professionnels de santé se doivent de sortir de cette dynamique négative. » L’ otoneurologue rappelle que la diversité de ces perceptions sonores doit être analysée avec sérieux afin d’identifier les moyens susceptibles de les atténuer.
Des conséquences invalidantes
Qu’ils surviennent spontanément ou à la suite d’une pathologie de l’oreille, les acouphènes présentent des caractéristiques propres à chaque individu . « Il n’existe pas un mais des acouphènes », constate le professionnel de santé. « 75 % des patients ont des acouphènes sifflements d'intensité stable, 12 % décrivent des bourdonnements fluctuants, 3 % des cliquetis d'intensité aléatoire. Enfin, les acouphènes dits ”pulsatiles” représentent 3 à 5 % de la population », décrit le docteur Cécile Puel, oto-rhino-laryngologiste, venue récemment présenter en Principauté ces symptômes lors d’un colloque de spécialistes du sujet. Certaines personnes rapportent également des sons plus complexes, comparés à de la musique ou à des voix, qui s’expriment principalement le soir, avec la fatigue. Leur impact peut être particulièrement invalidant. « L’anxiété ne crée pas d’acouphènes. En revanche, en avoir vous rend anxieux et peut engendrer une dépression », explique le professeur de neurosciences, Jean-Luc Puel, également invité de ce colloque scientifique. D’autres conséquences sont possibles, notamment des difficultés d’endormissement, des insomnies, des problèmes de compréhension de la parole, surtout en milieu bruyant, ou encore des troubles de la concentration.

Les causes sont multiples
La consultation d’un spécialiste constitue une étape fondamentale : « il faut avant tout être à l'écoute du patient, lui donner la possibilité d'exprimer son symptôme, apprécier avec lui quel est l'impact sur sa vie de tous les jours. Et proposer un plan de traitement raisonné et raisonnable, sans promettre des choses qui sont impossibles - c'est-à-dire la disparition des acouphènes - mais surtout lui apprendre qu'on peut l'aider à mieux vivre avec », souligne le docteur Lavagna. Dans environ 90 % des cas, les acouphènes sont associés à une perte auditive , même très discrète. Celle-ci peut être détectée à l’aide d’examens avancés, comme l’ audiométrie vocale dans le bruit ou le test des hautes fréquences. Cependant, la recherche des causes nécessite une analyse approfondie qui dépasse le seul cadre de l’audition. « L'ORL réalise un examen global allant de l'oreille jusqu'au cerveau, tout en explorant l'environnement du patient : exposition à des médicaments ou à des substances chimiques capables de léser les structures de l'oreille interne, au bruit, alimentation, habitudes de vie, facteurs de stress affectif ou tensions musculaires. » Les origines peuvent ainsi être liées à des affections ORL périphériques, comme un bouchon de cérumen ou une otite. Mais également une presbyacousie qui représente une diminution progressive et naturelle de l'audition liée au vieillissement, la maladie de Ménière, affection chronique de l'oreille interne provoquant vertige, bourdonnement et perte auditive, ou des séquelles de traumatismes sonores. Elles peuvent également être associées à des facteurs généraux ou neurologiques, tels que des variations de la tension artérielle, des troubles métaboliques, des séquelles d’AVC ou certaines pathologies neurodégénératives.
Comment choisir un traitement adapté ?
Grâce à cette investigation complète, un accompagnement sur mesure et pluridisciplinaire peut être proposé afin de réduire la gêne et d’aider à retrouver une meilleure qualité de vie. Cinq types de prise en charge sont aujourd’hui recommandés : le traitement auditif et sonore , grâce à un appareillage personnalisé délivré par un audioprothésiste ; les approches cognitivo-comportementales ; les traitements médicamenteux ; la prise en charge somato-sensorielle ; et enfin la neurostimulation bimodale. Parce que le mécanisme d’un acouphène est identique à celui d’une douleur, le docteur Gérald Fain, ORL exerçant chez Otoneuro, peut par exemple prescrire un traitement médicamenteux de 15 jours à six semaines, à base de sept familles de molécules différentes, en fonction de la gêne et des traitements associés. Ceux-ci sont toutefois incompatibles en cas de grossesse et doivent être arrêtés à l’apparition de douleurs musculaires ou de démangeaisons. « C’est vrai que c’est un combat mais, dans 80% des cas, nous arrivons à soulager nos patients. » À titre exceptionnel, le traitement peut même être poursuivi en permanence, sous réserve d’un bilan sanguin et rénal satisfaisant. Le docteur Philippe Peignard, psychothérapeute ayant contribué au colloque scientifique, utilise quant à lui les thérapies cognitivo-comportementales. L’objectif est de réguler la saillance auditive, c’est-à-dire un son qui se distingue de son environnement sonore et qui capte naturellement notre attention, ainsi que de réduire l’intolérance. « On note une amélioration de l’inconfort chez 70% des patients. » Enfin, le docteur Lavagna est le seul professionnel de santé agréé à Monaco et en France à proposer de la neurostimulation bimodale, « un traitement innovant qui semble prometteur au vu des résultats des premières études réalisées pour évaluer son efficacité ». Celle-ci agit sur « l'activation anormale des aires auditives cérébrales provoquée par les acouphènes en permettant de les reprogrammer ». Pour les patients chez qui aucun traitement ne fonctionnerait, la simple prise en compte de leur souffrance constitue souvent une première étape positive. « Même en cas d’échec, les patients nous sont reconnaissants de les avoir pris en charge et de les prendre au sérieux. Mais cela nécessite d’être joignable pour répondre à leurs nombreuses inquiétudes. Car certains patients n’ont pas besoin d’un traitement et viennent surtout pour être à la fois rassurés et comprendre », conclut le docteur Pierre Lavagna.